Valentigney (25) : Coups mortels dans le fourgon ?

Faits divers

25/11/2009 | 15:23 par France 3 Franche-Comté

Valentigney (25) : Coups mortels dans le fourgon ?

- Mohamed Boukrourou est décédé dans des conditions non élucidées après son interpellation à Valentigney -

Mohamed Boukrourou est décédé dans des conditions non élucidées après son interpellation à Valentigney

© France 3

Une information contre X pour homicide involontaire est ouverte après le décès de M. Boukrourou

Le procureur la République de Montbéliard, Thérèse Brunisso a décidé d'ouvrir une information contre X du chef d'homicide involontaire après le décès le 13 novembre dernier de Mohamed Boukrourou. Le parquet a pris cette décision au vu du rapport d'autopsie.

Dans un communiqué, le parquet explique : « Au vu du rapport de l’autopsie diligentée, le parquet a pris la décision de requérir la clôture de l’information ouverte en recherches des causes de la mort et d’ouvrir une information contre X du chef d’homicide involontaire. Ce cadre procédural, garant de l’équilibre des droits des parties, doit permettre aux juges d’approfondir les conditions dans lesquelles l’intervention des services de police s’est déroulée et d’établir si elle a concouru au décès de M. Boukrourou »

La famille de Mohamed Boukrourou et son avocat évoquaient depuis plusieurs jours la thèse d'éventuelles violences policières qui auraient conduit à la mort de ce père de famille de 41 ans, mort après avoir été interpellé par la Police.

 

 
La Commission de déontologie est saisie

Mardi 24 novembre, la sénatrice parisienne des Verts Alima Boumediene-Thiery a annoncé vouloir saisir la commission nationale de déontologie de la sécurité, suite à la mort de Mohammed Boukrourou. Elle demande que la lumière soit faite sur les circonstances du décès.

 
Les interrogations de la famille Boukrourou

Selon Abdelkader Boukrourou, le frère de la victime, Mohamed Boukrourou aurait reçu des coups portés par un agent de police. Abdelkader Boukrourou aurait recueilli cette confidence auprès d'un capitaine de la Police Judiciaire chargé de l'enquête sur le décès de son frère.

C'est en tout cas ce qu'il a affirmé vendredi 20 novembre devant Pierre Moscovici venu rencontrer la famille.

De son coté, la PJ de Dijon se retranche derrière le secret de l'instruction, mais précise qu"aucun élément ne va dans ce sens là".

Mohamed Boukrourou est mort le 13 novembre dernier. Il a été interpellé dans une pharmacie où il refusait des médicaments génériques. Le ton est alors monté dans l'officine. Après une interpellation musclée et un séjour dans le fourgon des forces de l'ordre, il est décédé dans la pharmacie où les agents l'avaient ramené.

La famille de la victime affirme avoir constaté "des bleus sur le visage et une lèvre éclatée"  à l'occasion de la toilette mortuaire du défunt. Des témoins ont affirmé que les policiers se seraient "assis sur le corps de Mohamed Boukrourou", ce qui aurait entraîné une détresse respiratoire.

Le procureur de Montbéliard a indiqué que les marques étaient dues à l'autopsie et au frottement sur le sol du visage de M. Boukrourou lors de l'interpellation, éliminant "toute hypothèse de coups".

Le rapport d'autopsie sera communiqué lundi 23 novembre.

 
Interview de Maître Gonin, avocat de la famille
 
Interview de Maître Jean Gonin, avocat de la famille Boukrourou (23/11/2009)
 Interview de Maître Gonin, avocat de la famille
 
L'analyse de la rédaction
 
Plateau de Sophie Courageot
 Analyse Sophie Courageot
 
Le MRAP se porte partie civile
L'Association demande que toute la lumière soit faite sur la mort suspecte de M Boukrourou

Vendredi 20 novembre, le MRAP, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, saisi par la famille, a annoncé qu'il se portait partie civile dans cette affaire.

L'organisation "s'associe à la famille pour demander que toute la vérité soit faite sur les circonstances de la mort de Mohamed Boukrourou" et "condamne les méthodes d'interpellation", selon son communiqué précisant : "Une fois de plus, de fortes interrogations se posent quant aux causes d'une violente interpellation policière, disproportionnée à l'encontre d'un homme seul et sans problème".
"Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, deux petites filles pleurent leur papa parce qu'il a refusé des médicaments génériques", déclare le MRAP.

Le 13 novembre à Valentigney, Mohamed Boukrourou, 41 ans, avait été traîné dans un fourgon par des policiers, appelés par un pharmacien inquiet de l'"état d'énervement

extrême" de ce client qui protestait contre la qualité des médicaments qui lui avaient été remis.

Victime d'un arrêt respiratoire dans le véhicule de police, l'homme avait été reconduit dans la pharmacie où il est décédé à 18h05. D'après l'autopsie, la victime est décédée suite à une "conjonction d'une altération vasculaire cardiaque et d'un stress aigu", selon le parquet.

Une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Montbéliard pour "recherche des causes de la mort".

 
Ouverture d'une information judiciaire

Lundi 16 novembre, la procureure de la République de Montbéliard a ouvert une information " en recherche des causes de la mort" confiée à un juge d'instruction dans l'affaire Mohamed BouKrourou, cet homme de 41 ans décédé jeudi 12 novembre suite à une interpellation musclée dans une pharmacie de Valentigney.

Les investigations devront déterminer l'état physique et mental de la victime qui souffrait d'une pathologie psychologique pour laquelle elle était suivie médicalement. Elle a précisé qu"il "n'y a pas eu de coups échangés"" et que Mohamed Boukrourou "n'est pas mort étouffé", ajoutant : "La détresse respiratoire constatée par les policiers et les pompiers n'est pas la cause de la mort. Quant aux traces constatées par la famille sur le visage, d'après le médecin légiste, elles ont pu être causées par le frottement du visage sur le sol. Une personne interpellée est toujours maintenue à plat ventre".

La procureure , qui a salué "la grande dignité de la famille", s'est félicitée que "l'ouverture de l'information judiciaire permettra à celle-ci d'avoir accès au dossier".

 
Marche silencieuse le dimanche 15/11

Dimanche 15 septembre, plusieurs centaines de personnes ont participé à une marche silencieuse en hommage à Mohamed Boukrourou, 41 ans, décédé jeudi à Valentigney, dans le Doubs, dans un fourgon de police où il se trouvait après un différend dans une pharmacie.600 personnes selon les organisateurs, quelque 400 selon la police ont marché sans incident du quartier des Buis où réside la famille à la pharmacie où un proche a lu la prière des morts dans le recueillement.
Selon le rapport d'autopsie et sous réserve des analyses toxicologiques, l'homme souffrait d'une "altération cardiaque préexistante" et d'un important stress. Abdelkader, un frère du défunt, a indiqué dimanche par téléphone, que la famille va saisir un avocat et se porter partie civile en raison de "zones d'ombre" dans cette affaire, affirmant : "Mohamed a pu se rebeller lorsqu'on lui a passé les menottes, mais il a été maîtrisé par des policiers d'une façon qui a pu provoquer une détresse respiratoire". Il avance aussi qu'à l'occasion de la toilette mortuaire, on aurait constaté qu'il avait "des bleus sur le visage et la lèvre éclatée". Mohamed Boukrourou avait eu des mots jeudi dans la pharmacie où il se sert depuis des années à propos de la qualité de médicaments achetés quelques jours plus tôt. Devant l'extrême énervement de son client, le pharmacien avait appelé la police que Mohamed a attendu "assis sur une chaise" selon des témoins. Après avoir tenté de le raisonner, les policiers ont "sorti physiquement l'homme de la pharmacie et l'ont traîné dans le fourgon", selon le parquet de Montbéliard.. Les agents, qui "avaient énormément de mal à le maîtriser en raison de son excitation", ont appelé les pompiers. Ces derniers ont effectué un premier bilan médical qui s'est avéré positif, mais à 18H05 ils ont constaté l'arrêt cardiaque du quadragénaire.

Une enquête pour "recherche des causes de la mort" a été confiée à la police judiciaire.



 

 
Reportage de Luc Reder et Mady Diawara
 
A. Boukrourou, Frère de Mohamed; D. Petitjean, Maire de Valentigney; N. Jolibois, Directeur de la sécurité civile
 La marche silencieuse à Valentigney dimanche 16/11
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